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Depuis quelques temps, les réseaux sociaux fourmillent de nouveau d'articles sur le ratio poids du cavalier / poids de sa monture, décrétant qu'en moyenne un cavalier idéal pèse 10% du poids de son cheval, commence à être relou à 15, et à 20% du poids de votre cheval vous allez le faire mourir (exemple). Comme d'hab avec les études, c'est à prendre avec des pincettes. Déjà, c'est réalisé au Royaume-Uni, pays où le surpoids de la population est notoire. En outre, leurs chevaux ont aussi tendance à être trop gras. Un cheval qui pèse 100kg de plus qu'un autre, ça offre théoriquement une latitude moyenne de 15kg de cavalier supplémentaires ; mais quid d'un cheval qui pèse 100kg de trop? Un cheval obèse, donc dans une condition physique dégradée, a déjà du mal à porter son propre poids ; rajouter le poids du cavalier, quel qu'il soit, de surcroît n'est pas franchement souhaitable pour le bien-être de l'animal.

La bonne question à poser, c'est dans un premier temps "ce cheval est-il apte à porter un cavalier?", et dans un second temps, "ce cheval est-il apte à porter CE cavalier?" AHA.

De plus en plus de personnes comprennent qu'avant de monter un cheval, il faut que l'animal soit mentalement prêt. Et c'est très bien, parce qu'un cheval qui n'est pas prêt mentalement ne le sera pas physiquement. Les incompréhensions et les refus mènent à des situations douloureuses ou dangereuses tant pour le cheval que pour son cavalier. 
De plus en plus de personnes ont également compris qu'il ne fallait pas monter un cheval trop jeune. Pour autant, rien ne sert d'être plus royaliste que le roi. On n'apprend jamais aussi bien à être souple et équilibré qu'en commençant un sport avant l'âge adulte - le tout est de doser l'effort pour éviter les perturbations physiologiques et l'écoeurement psychologique. C'est pourquoi je pense qu'il ne faut pas attendre la fin de croissance d'un cheval (entre 7 et 9 ans selon les individus) pour commencer à le monter ; le tout est simplement de l'écouter et de respecter ses phases.

Maintenant, de "faut respecter le cheval", on en arrive rapidement à un "faut pas toucher le cheval". Si votre cheval est voué à être une tondeuse à gazon qui vide votre porte-feuille avec insouciance, soit ;-) Si un cavalier décide que son cheval n'est qu'une mobylette qui fait caca, c'est un point de vue. Mais c'est l'entre-deux qui est problématique : "j'ai envie, mais j'ose pas", le "j'ose pas" étant très souvent un corollaire de "j'ai envie, mais je sais pas".

Le cheval, pour porter un cavalier, doit être prêt d'abord mentalement, et ensuite physiquement. Cette histoire physique se décompose en deux parties :
- le cheval qui est fait pour porter son cavalier
- le cheval qui est prêt à porter son cavalier.

La première partie fait appel à la notion de conformation. Dans l'article sus-cité, ils parlent du fait qu'un cheval, pour être bon porteur, doit avoir un rein large et musclé. Mais ils parlent aussi de dos court, et là non, je m'insurge. D'un point de vue strictement ergonomique, comment produire une selle qui doit contenir un postérieur Saint-Phallien (Niki et non son brave cousin Capitaine!) tout en respectant les mesures d'un poney Polly Pocket? (si possible avec 350€ de budget, lol) Le jeu des proportions est cruel, mais réel. La réalité est cruelle. Soyez réalistes dans le choix de vos montures, les selliers vous en remercieront. Votre monture aussi, probablement. Mais bref, la conformation n'est pas qu'un rein et un dos : c'est un ensemble de facteurs, l'attache de l'encolure, la forme du thorax, l'orientation de la croupe, les aplombs...

Et la conformation ne fait pas tout, loin de là. En fait, la conformation est toujours influencée (positivement ou négativement) par la posture, et démêler les deux notions sur un plan strictement physique est souvent complexe. Pour faire simple : la conformation, c'est l'organisation standard d'un corps (longueur des segments, angles articulaires, etc). La posture, c'est ce qui soit met le bazar et détraque le fonctionnement du corps ; soit l'optimise et lui donne son plein potentiel. C'est un aspect tant physique (condition) que mental (psy) que physiologique (santé). Et ça, ça s'éduque et ça se gère.

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Donc, la montabilité d'un cheval passe en premier lieu par une conformation adaptée, mais tout de suite après par l'entretien global, qui comporte notamment le TRAVAIL (comme c'est un gros mot, je l'ai mis en capitales). Le travail n'a pas besoin d'être pénible ; mais il a besoin d'être régulier et constant pour produire ses fruits. En termes physiques, pour porter un cavalier, le cheval doit :

- stabiliser son thorax et sa colonne vertébrale par un effort de gainage des muscles profonds, et notamment des fixateurs des épaules pour pallier l'absence de clavicules.*
- mobiliser le corps entier du cheval dans toutes les directions. Donc bouger tout en conservant son gainage.
Bref, comme pour nous autres cavaliers, l'équitation suppose pour le cheval d'être à la fois tonique et souple, sans contraction ni ramollissement. Et naturellement, comme chez les humains, y en a pour qui c'est easy-peasy et d'autres pour lesquels c'est l'Everest. Un cheval de selle, parce qu'il porte effectivement entre 10 et 20% de son poids sur son dos, est un athlète dès l'instant où il est monté - fut-ce pour une simple promenade dominicale. Pour vous c'est un loisir de vous faire trimballer en forêt, mais pour lui vous serez toujours un effort.

Certaines personnes ont la conviction profonde que l'effort c'est le mal ; dans un souci empathique pour le cheval, je suggère une mise en cohérence de la pensée et des actes.
A tous les autres qui n'ont pas d'opposition fondamentale à la notion d'effort, je propose une réflexion sur votre cheval, sur sa façon de vous porter et de réagir à vos sollicitations ; de chercher à identifier ses points forts et ses points faibles, son temps optimal de travail par séance et le nombre de séances idéales par semaine ; et in fine de construire un programme de travail en adéquation avec ce que vous cherchez à développer chez lui. Considérez-vous comme son préparateur physique et mental plutôt que comme son "pilote" (quel terme répugnant). Les méthodes équestres, les grandes idées, les théories de spécialistes Facebook, le Café du Commerce font tous état de "moi c'est bien ce que je propose et tout le reste c'est pourri" ; pardon, mais non. Considérez les différentes techniques équestres, mouvements de dressage et autres enchaînements d'obstacles comme autant d'outils potentiellement intéressants, utiles dans certains cas et pas dans d'autres. Le tout est d'avoir tous les tournevis en réserve pour utiliser le cruciforme quand il est nécessaire, alors qu'on galère avec un tournevis plat (me regardez pas comme ça, je sais que vous vous êtes déjà retrouvés dans cette situation). Même si vous ne cherchez pas la performance en compétition, vous êtes pratiquant d'un sport ; et tant qu'à le faire, autant le faire bien - tant au sujet de votre cheval qu'à propos de vous.

Point de faux-semblant à ce stade : on peut aussi retourner la question. Après "ce cheval est-il prêt à être monté?", "cette personne est-elle prête à être cavalière?" est une interrogation tout à fait légitime. Si vous-même n'êtes pas "in shape" comme disent les adeptes du fitness, vous n'allez pas être agréables à porter pour votre cheval. Pour autant le poids stricto sensu n'est pas un paramètre suffisant, loin de là ; j'ai eu à équiper des personnes franchement lourdes, mais qui ne posaient pas particulièrement de problèmes à leurs chevaux. Parfois, c'était limite - mais souvent avec une vraie conscience de l'aspect problématique de la chose. Au-delà de la considération de la balance, parlons plutôt de tonicité, de liant de l'assiette, d'indépendance des aides, en gros d'aisance et de maîtrise de votre corps à cheval. Et tant qu'à faire, essayez de travailler ces différents paramètres à pied, afin de ne pas compter que sur le cheval pour vous faire bosser votre souplesse de la hanche ou vos abdos profonds...

La selle là-dedans? un outil encore une fois, dont la théorie est simplissime. Son rôle : équilibrer votre poids en le répartissant sur chaque cm² disponible de la surface portante du dos du cheval. Ni trop vers l'avant, ni trop vers l'arrière, ni d'un côté ou de l'autre : au centre, au point d'équilibre, là où vous ne perturbez pas l'équilibre du cheval. "Un cheval dressé est un cheval équilibré", dixit Yaël André (qui distribue les guêtres Impromove, dont il faudra que je vous parle un jour) ; mais un cheval déséquilibré par un cavalier déséquilibré n'est pas dressé, voire est dé-dressé. Equilibrer une selle sur un cheval lui-même déséquilibré est un art complexe. En revanche, seller un cavalier équilibré sur un cheval équilibré est un jeu d'enfant.
Plus votre cheval est équilibré, plus il sera facile à seller, plus il sera facile à monter. Mieux votre cheval sera travaillé, plus il sera équilibré! Au final, tout est question d'équilibre entre les différents (nombreux et complexes) paramètres qui, tant qu'à faire, sont en évolution constante puisqu'on travaille sur du vivant...

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Bien, c'est l'heure de l'apéro.