Gens, peuple,

Fidèles lecteurs, curieux de passage ou nouveaux arrivants,

Voilà probablement mon article le plus important publié à ce jour.

C'est la somme de trois ans de blog (qui donc a fêté ses trois ans fin janvier dernier), de trois ans de recherche sur le terrain, de trois ans de centaines de chevaux habillés et de cavaliers rhabillés. De trois ans de succès, de réussites modérés ou aussi d'échecs. 3 ans, c'est long et c'est rien du tout. Mais là, c'est une pierre de plus à l'édifice. 

C'est une réflexion sur la selle dans son impact global sur le couple cavalier - cheval. Son rôle. 

Le cheval doit être bien "fitté", c'est la base. Comme dit Véronique de St Vaulry, "le cheval n'a pas demandé à faire d'équitation". Il est du devoir du cavalier de faire en sorte que sa monture soit prise en compte dans son intégrité et dans son intégralité. Par méconnaissance du cheval, de son éthologie, de son anatomie, de sa biomécanique, une tristement grande majorité de chevaux sont aujourd'hui mal sellés - tout comme ils sont mal gérés de façon globale, par des cavaliers certes bien intentionnés mais mal formés. A qui la faute? Je ne sais pas. A un peu tout le monde et à personne à la fois. C'est pas la question, à tout un chacun de se remettre en cause et d'avancer, de trouver les bons professionnels dont s'entourer.

Bref. Base : habiller le cheval en analysant correctement ses besoins, ses points de force, ses points de faiblesse. JAMAIS on ne transigera là-dessus. (c'est un "on" de majesté) La plupart des gens qui s'intéressent un peu à la selle ont déjà vu des "effets wow!" lors de changements de selles : libéré, délivré (dédicace à toutes les mères qui ont des filles de moins de 10 ans), le cheval se déplace comme jamais. MEFIANCE!!! Le mieux étant l'ennemi du bien, on en fait parfois trop.

Pourquoi trop? pourquoi ce serait "trop" de libérer un cheval en lui permettant de s'employer correctement? 

Parce qu'une selle adaptée à un cheval seulement NE VAUT RIEN DU TOUT.

Une selle c'est un outil qui permet de pratiquer l'équitation. L'équitation, c'est une équation cheval + cavalier, dans laquelle la selle est une variable. UNE, parmi tant d'autres. Pourtant, Dieu sait que j'ai pu jubiler en "prouvant mon point" à tout un tas d'auditeurs incrédules que la selle avait un impact direct sur la qualité de la locomotion du cheval, et qu'on voyait en direct le cheval se transformer.

Mais la selle adaptée au cheval c'est 30% de l'équation. Les 30% fondamentaux certes, mais 30% de la réussite du couple seulement.

Les 30% suivants sont l'adaptation de la selle au cavalier. Si le cavalier est incapable de monter le cheval avec la selle qui va bien au dit cheval, il va adopter une position antalgique, mettre en place des compensations qui se répercuteront sur l'animal et foutront tout en l'air en moins de temps qu'il en faut pour l'écrire. Incapable physiquement : inadéquation de la selle à sa morphologie ; incapable équestrement : inadéquation de la selle à sa pratique. On reste là dans l'ergonomie. Un cavalier ergonomiquement inadapté à sa selle (ou le contraire, je ne sais plus? blague bien entendu : c'est l'outil qui s'adapte...) ne fonctionnera pas, ne sera pas juste. Parfois l'inadaptation est insidieuse : on se sent bien dans sa selle et pourtant, pourtant, c'est elle qui fait que tout foire... parce qu'on n'a pas les bons repères. Les cavaliers ne connaissent pas leurs chevaux, mais ne se connaissent pas plus eux-mêmes. Et ne savent pas ce qu'il leur faut. Qui aurait la prétention de le savoir? 

Personne. 

Pourquoi? 

Parce que l'équitation est une évolution constante. Notre corps évolue, notre pratique évolue. On ne peut que s'entourer de guides, là encore. Certains sont probablement mieux que d'autres. Chercher, réfléchir, essayer.

Mais 30+30, on est encore loin du compte. Restent 40%.

Ces 40% restants se ressentiront dans l'adéquation de la selle au cheval, mais n'y seront pas directement connectés. On ne pourra pas avoir d'action sur la selle pour faire que ça aille mieux, même si c'est par la selle que le problème se manifeste : problèmes de pieds, de dents, ostéopathiques, nutritionnels, métaboliques, hormonaux, environnementaux... (promis, j'ai pour tout ça eu au moins une occurrence de chaque) Mais aussi (et surtout) dans l'équitation : travailler un cheval, ça ne s'invente pas. S'il y a des choses à faire et d'autres à ne pas faire, des outils qui ont été mis au point : ce n'est pas pour rien.

Beaucoup de cavaliers ne savent plus suivre le mouvement du cheval une fois qu'il est libéré, malgré une ergonomie parfaite de la selle pour eux, car leur corps ne suit plus le déplacement de leur cheval, n'est pas capable de le faire. Est-ce donc vraiment bon de chercher à faire au mieux pour le cheval, si c'est encore pire pour le couple par la suite?

Beaucoup de cavaliers n'ont pas les moyens techniques de leurs ambitions, ou ne se les donnent pas, ce qui est encore pire quelque part. Une selle est un projet : on la fait faire par rapport à ce que l'on attend, équestrement, de son cheval, de la progression du couple. On ne fait pas faire une selle une fois que le couple est abouti... Mais il faut être lucide dès la constitution du projet, tout en pondérant bien entendu avec les inévitables accidents de parcours. "La vie n'est pas un long fleuve tranquille", tout ça tout ça.

Dans quel sens poser les questions? comment gérer ces problèmes? où trouver des solutions? 

J'ai déjà écrit un article sur le thème d'une selle adaptée comme révélatrice des problèmes profonds - je parlais à l'époque de posture, aujourd'hui je réalise que ça va beaucoup plus loin que ça. 

L'ergonomie de la selle (parce que le saddle fitting dans son sens institutionnel est plus restrictif, et puis ça me gonfle ce terme, c'est galvaudé, tout le monde l'emploie mais personne ne comprend ce que c'est), c'est quelque chose d'extrêmement complexe. Tout comme la gestion des pieds nus, ou la posture du cavalier à cheval, ou encore l'ostéopathie, et l'enseignement au cavalier, et et et. Tout est complexe, tout marche ensemble. C'est une globalité, et si on pousse dans la voie de la perfection, il faut s'investir. Physiquement, mentalement, financièrement, temporellement. C'est une passion : on aime, on souffre. Sinon vous pouvez faire les choses à moitié et au pif : mais si ça ne fonctionne pas, vous ne pourrez que vous en prendre à vous-même. Les chevaux sont des êtres éminemment bons : ils pardonnent, et font avec. Jusqu'au jour où...

N'attendez pas de votre saddle fitter / sattelergonom / conseiller en équipement / etc. (ni de votre maréchal / pareur / podologue ou de votre vétérinaire ou de votre coach ou de, ou de, ou de) qu'il vous donne une solution miracle pour votre équitation. Il n'y en a pas. Il y a plusieurs façons d'arriver à un même résultat, mais toutes passent par la même voie : celle du bon sens. Merci Descartes.

On ne dira pas qu'on ne vous avait pas prévenu... sinon, il vous reste toujours le tricot! C'est bien, le tricot. 

Eugénie