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Sur les conseils de mon amie Pauline, cavalière de dressage émérite et bauchériste devant l'Eternel, je me suis achetée le Guide de dressage de Jean-Marie Donard. Donard, c'est un écuyer pas connu du grand public mais reconnu parmi ses pairs. Bauchériste, donc, écuyer du Cadre Noir et patron de la reprise des sauteurs pendant 15 ans. Le bouquin est préfacé par Margit Otto-Crépin, qui lui attribue plus qu'à demi-mot ses spectaculaires réussites de la fin des années 80, à l'heure où le dressage français existait encore sur la scène internationale. Ca donne la dimension du bonhomme. Un petit bouquin de chez Belin, moins de 100 pages, qui paie pas de mine comme ça, mais qui en quelques pages m'a conquise (oui, j'ai un penchant bauchériste et j'assume). 

Là où il m'a encore mieux conquise, c'est qu'il parle de selles dès la 9e page de texte, et qu'il en parle d'une façon qui me ravit. 

Alors 1. voilà quelques lignes et 2. achetez ce livre. Même si vous n'êtes pas bauchériste, vous ne pourrez pas être insensible à certaines idées, certaines pistes qu'il donne. C'est remarquable de clarté et de concision.

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La selle est un pont sur lequel nous sommes assis. Rive droite : hanche droite ou ischion droit, rive gauche : hanche gauche ou ischion gauche. Et, sous ce pont, le courant (l'impulsion) doit pouvoir circuler librement. Aucune gêne ne doit exister : garrot non serré, matelassures larges et suffisamment écartées pour que ce courant passe bien, siège de la selle strictement parallèle au sol. Si le pommeau est trop haut, le rein est écrasé, si c'est le troussequin, vous courez sur les épaules. Par ailleurs, le recul exagéré des porte-étrivières, destiné à placer artificiellement les jambes plus en arrière, engendre leur blocage, sans parler de la bascule du bassin vers l'avant qui empêche tout emploi des aides propulsives : le cavalier n'étant pas derrière son cheval, il pompe sur les rênes (mouvement du cyclo-rameur!) comme si l'impulsion venait de la bouche...

Je suis opposé aux arçons souples (comme l'était mon ami Oliveira), car la souplesse de l'arçon s'exerce - surtout lors du fort mouvement de translation que sont les transitions descendantes - sur le point le plus faible du dos. Ceci est d'autant plus vrai sur des chevaux plus ou moins bien conformés travaillés par des écuyers ayant une assiette puissante. Bien évidemment, lorsque son passe son temps au-dessus de son cheval, ce que je viens de dire est hors-sujet. Petite parenthèse anecdotique : je me souviens que l'ancien maître sellier Pottier (de l'Ecole d'Application de l'Armée Blindée de Cavalerie à Saumur) disait avoir connu deux écuyers qui cassaient les arçons : le colonel Margot et moi-même...

Je trouve le sanglage actuel des selles de dressage gênant : véritables et énormes sous-ventrières avec des boucles partout, elles interdisent bien sûr la pratique de l'effet d'ensemble, ainsi que la possibilité de ressangler en selle. On peut regarde d'un oeil ironique ces fauteuils Louis XV posés sur des bêtes à concours valant des fortunes : notre dresseur, calé de tous les côtés par les rembourrages et les taquets (utiles, peut-être, pour ne pas tomber sur un cross) peut passer à l'action... Cette débauche de matières n'existe pas pour le saut d'obstacles : fines et bien adaptées à cette discipline, elles sont restées à peu près les mêmes qu'au temps des d'Orgeix et d'Oriola. Ajoutons pour mémoire que la pratique du fameux tape-cul n'a pas son pareil pour bien s'emboîter dans la selle et sentir le cheval ; tous les taquets du monde ne pourront y suppléer.

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Alors prenez-votre CB et zou, une commande ;-)