J'allais écrire un article sur un tout autre sujet cette semaine, et puis je me suis replongée dans le blog de Kitt pour préparer mon 2e article pour Eurodressage. Et je suis tombée sur un article qui m'a fait dodeliner de la tête en ponctuant ma lecture de "ouais, grave". J'avais l'air bête devant mon ordi, peut-être. Mais je me suis sentie moins seule, parce que je me retrouve dans tout ce qu'elle dit. Alors je le partage, parce que c'est ce que je pense.

Hit it!

HarryPotter-savile-row

LA MAGIE N'EXISTE PAS.

Devenir saddle fitter a été un tournant, un changement de milieu de vie pour moi. Ca faisait 5 ans que j'étais mère au foyer, avant de commencer à travailler pour Edie ; et avant ça, j'ai été instructrice et coach de dressage pendant 15 ans. Et quand je travaille sur un fitting, je sens que mon passé d'instructeur n'est jamais bien loin. A de nombreuses reprises, je dois me retenir de me remettre dans ce rôle quand je vois quelqu'un qui trotte à contre-temps, qui galère avec ses transitions ou qui permet au cheval de s'appuyer sur les aides intérieures. Avoir l'oeil, quand il s'agit d'aider un cavalier à choisir une selle, ça aide... mais il ne faut pas tout mélanger.

Edie a cette expression au sujet des cavaliers qui cherchent une selle "miraculeuse" ; et ce n'est pas si rare que cela. Notre société recherche toujours cette forme de gratification immédiate, sans penser au long terme ; et dans le milieu du cheval c'est particulièrement évident : on veut tout, tout de suite, maintenant (et pour hier si possible). On fait courir des pur-sangs qui ont à peine 2 ans ; on concourt en dressage avec des chevaux de 4 ans qui sont déjà en train de potasser les changements de pied à la maison ; on commence à faire sauter des chevaux sous la selle à 3 ans ; on montre des yearlings sur des barres... et on cherche LA selle qui rendra instantanément notre équilibre parfait, notre assiette fixe, nos mains légères, nos aides indépendantes (ah, et elle doit aussi transformer notre cheval en Totilas / Silvana / Galan de Sauvagère / Nobby* ... mais je ne m'étendrai pas sur le sujet!!!)

[*j'ai utilisé des noms de grands cracks européens, parce que ceux dont elle parlait, on les connait pas trop par ici]

Accrochez-vous les mecs, révélation : LA MAGIE N'EXISTE PAS. Vous devez apprendre à monter, et monter correctement. Je ne parle pas de devenir professionnel, je ne demande pas de participer aux JO ; je comprends parfaitement les limites physiques et mentales auxquelles chacun d'entre nous peut être confronté (même toi, la fille grande, mince, souple, jolie, intelligente et tellement énervante - oui toi aussi tu as des problèmes). Non ce que je veux dire, c'est qu'il faut travailler pour faire de votre mieux, être solide - devenir un cavalier plutôt qu'un passager clandestin. Je suis la première à admettre qu'une bonne selle peut vraiment, vraiment beaucoup aider au niveau de la position et de l'équilibre - MAIS AUCUNE SELLE NE COMPENSERA VOS LACUNES EQUESTRES. Les sièges creux, les gros taquets, le nubuck censé donner du grip, les avancées de quartiers rembourrées ne transformeront JAMAIS un cavalier inexpérimenté (ou - oui j'ose - paresseux) en un cavalier compétent, expérimenté et sûr de lui. La seule chose qui peut donner ça, c'est l'entraînement. Beaucoup d'entraînement.

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Pourquoi s'évertuer à vouloir devenir bon cavalier? Au-delà des évidences (la fierté de savoir monter correctement), il y a deux raisons :
1. d'une part, c'est vachement plus sympa pour votre cheval. Si vous avez déjà porté sur votre dos quelqu'un de pataud, vous pouvez avoir une idée de ce qu'un cheval qui porte un cavalier mal équilibré ressent. Si vous êtes assis de travers constamment, si vos muscles posturaux sont aux abonnés absents et que vous n'êtes pas stable dans votre selle, si vous ne développez pas une assiette liante, des mains justes : c'est votre cheval et sa performance qui en pâtiront. Vous aurez alors un cheval impossible à incurver d'un côté, qui s'encapuchonne ou qui se met à la renverse, qui ne voudra bien aller qu'à une main mais pas à l'autre, qui pilera devant les obstacles, qui vous emmènera en balade en creusant le dos et en renversant tellement la tête que vous pourrez le regarder dans les yeux, qui refusera d'engager l'arrière-main et d'employer son dos... bref, vous voyez l'idée?  Pour permettre à votre cheval de se développer en un bon cheval de selle, confortable et aux ordres, vous DEVEZ devenir un bon cavalier.

[là je complète : ou pour garder à bon niveau un bon cheval de selle que vous venez d'acheter. C'est fréquent de voir les chevaux se détériorer en changeant de cavalier, et de voir le nouveau cavalier s'en débarrasser rapidement en prétextant que l'ancien cavalier avait fait n'importe quoi. Euh, remise en question bonjour?]

2. d'autre part, c'est mieux pour votre selle aussi. J'ai vu des cavaliers tellement de travers qu'ils compressent les panneaux différemment, et rendent leurs étrivières asymétriques (questions de montoir mises à part)... et c'est juste la partie émergée de l'iceberg. J'ai vu des cavaliers tellement latéralisés que le cuir du siège ou des panneaux se déformait. J'ai vu des cavaliers carrément déchirer le cuir du siège, et à plusieurs reprises. J'ai vu des arçons tordus parce que les cavaliers s'asseyaient plus sur un ischion que sur l'autre, ou alors de travers. J'ai vu des cavaliers percer des quartiers, à force d'avoir les jambes qui se baladent. J'ai vu des cavaliers tellement accro à la colle à bottes [ça existe, promis] qu'ils détruisaient complètement les finitions de leurs selles, et dans un cas mémorable, une cavalière dont les pantalons "fond de peau" avaient défoncé littéralement le siège jusqu'à la mousse en moins de trois ans.

Au final, je crois qu'il faut choisir entre investir d'entrée de jeu dans une bonne selle et un bon prof, puis passer des heures en selle à travailler sur vous-même... ou au sol, dans le box de votre cheval, entre vétérinaire et sellier.

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AMEN une fois de plus.

Cet article intervient pile au moment où je me rends compte que certaines des personnes que j'ai sensibilisées à l'importance d'une bonne selle y accordent désormais TROP d'importance. J'en ai déjà parlé dans un autre article (que je ne retrouve pas) où je disais en substance que maintenant que les cavaliers français allaient se mettre à considérer la selle comme ayant un rôle à jouer dans leur équitation, elle allait devenir responsable de leurs difficultés au même titre que le sol du manège, les enrênements, les embouchures, la météo ou la couleur des chaussettes de Jupiter (si tant est qu'il en porte).

Je crois que le message fondamental de l'article de Kitt c'est : PRENEZ-VOUS EN CHARGE. Soyez responsables. Vous voulez monter à cheval? C'est bien. Vous voulez que votre cheval soit bien? C'est encore mieux. Vous voulez qu'il soit heureux d'être monté? Donnez-vous en les moyens. Or un cheval ne sera pas heureux sous la selle d'un cavalier médiocre. Il donnera, parce que rien n'est plus généreux qu'un cheval, quitte à en souffrir. Pour qu'un cheval soit heureux sous la selle, ça passe certes d'abord par un équipement adapté, mais il faut aussi que son cavalier puisse lui permettre d'être bien. Sache lui donner les bonnes indications. Soit capable de ne pas le gêner, voire de l'aider, quelle que soit la discipline pratiquée.

Qu'on ne se leurre pas. Travailler sur sa position, c'est pas pour être beau à cheval. Une belle position c'est une position efficace. La descente de jambe ne se fait par pour elle-même, elle a une raison d'être. De même en ce qui concerne la place des épaules, le fonctionnement des coudes ou l'orientation du bassin. On finit par être beau à cheval lorsque l'on a la position qui permet d'être à la fois tonique et détendu, actif et passif, équilibré par rapport à soi-même et par rapport au cheval.

Je discutais justement avec Kitt ce week-end pour préparer mon article d'Eurodressage, qui portera sur l'adéquation de la selle au cavalier (c'est pour ça qu'elle m'a redirigée vers cet article qu'elle avait écrit en 2010). Elle et moi sommes d'accord sur un point : bien monter à cheval, c'est une démarche globale. Ce n'est pas un sport, mais il faut être physiquement en forme pour pouvoir le faire correctement. Donc il faut trouver une activité sportive complémentaire.
Et il se trouve que nous en sommes arrivées au même constat, de part et d'autre de l'Atlantique : ce qui ressemble le plus à l'équitation mais au sol, ce sont les arts martiaux. Ca aussi, j'en ai déjà parlé quelque part, je sais plus trop où, mais bref. Les pré-requis sont les mêmes : centrage, équilibre, respiration, souplesse, tonicité, regard panoramique, etc. Les techniques de travail sont similaires : échauffement, travail d'un exercice plusieurs fois pour le rendre "geste réflexe", puis enchaînement (kata). Sauf qu'en plus, on fait des pompes, des abdos, on court, on saute, bref, ça fait la cuisse galbée et le fessier ferme. En bref, à mon sens, le complément parfait de l'équitation =)

Du karaté, du saddle fitting, un bon coach : en selle et au boulot, les amis!