[les illustrations de cet article ne sont pas les mêmes que celles de l'original, pour des questions de copyright]

En théorie, une muserolle ne devrait pas être fermée à fond ; pourtant, ce que l'on voit à haut niveau est une autre histoire, avec des cavaliers olympiques qui ajustent la muserolle au plus serrré possible. Les juges et stewards de la FEI ne disent rien et n'enlèvent pas de points, tant que la performance est réglée comme du papier à musique, ou n'osant pas dire quoi que ce soit contre les cavaliers lors de la vérification des embouchures.

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Laura Bechtolsheimer et Mistral Hojris

Nous avons ainsi demandé à plusieurs grandes figures du dressage international quelle muserolles ils choisissent et pourquoi.

Wolfram Wittig, cavalier, entraîneur et éleveur de chevaux de Grand Prix :
"Quand nous montons des chevaux en mors simple, nous préférons employer une muserolle combinée, car le noseband ne descend pas trop bas sur le cartilage nasal, donc elle distribue mieux la pression. Mais au final, ça dépend du cheval. Breitling W, par exemple, n'a jamais rien eu d'autre qu'une simple muserolle française."

Kyra Kyrklund, entraîneur de nombreux cavaliers et chevaux de Grand Prix, elle-même étant une cavalière de niveau international accomplie :
" J'utilise habituellement une muserolle allemande sur les jeunes chevaux, et lorsqu'ils sont habitués et répondent bien au mors, je passe à une muserolle combinée. Je pense qu'une muserolle combinée interfère moins avec le mors - de plus je l'utilise réglée plutôt lâche. L'important pour la muserolle allemande, c'est que sa forme soit adaptée au nez du cheval : la pièce supérieure ne doit surtout pas être trop longue! La muserolle combinée prépare ensuite le cheval à l'utilisation de la muserolle française avec la bride complète. J'ai eu des chevaux à l'entraînement qui ouvraient la bouche, croisaient la mâchoire inférieure ou sortaient la langue. Avec tous, je vérifie que la forme des mors est adaptée, ou alors j'en essaie de nouveaux. J'utilise parfois une muserolle combinée avec une bride complète. Réglée très lâche, elle permet de donner un peu de stabilité à la mâchoire inférieure. Je ne crois pas qu'une muserolle serrée fermement soit une solution. A court terme ça masque le problème, mais à long terme, on accentue la tension, au risque d'aggraver les problèmes de bouche."

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Christilot Boylen, cavalière de dressage international depuis 45 ans, 7 fois sélectionnée aux JO pour l'équipe du Canada :
"La muserolle allemande a été beaucoup utilisée jusqu'aux années 1970, jusqu'à ce que la muserolle combinée la remplace. Tous les bridons qu'on achètait en étaient désormais équipés. La muserolle allemande est plus difficile à régler et utiliser correctement. Trop souvent, elle était trop longue, ses anneaux interférant avec le mors. Cela dit, bien adaptée, certains chevaux semblent la préférer à la muserolle combinée - souvent des chevaux qui n'aiment pas ressentir des pressions assez hautes dans leur bouche.
La muserolle combinée doit elle aussi être correctement ajustée. Souvent, la muserolle en elle même est trop basse, à la limite des anneaux du mors. Le système de "poulie" de la muserolle suédoise, ou pull-back, aide à ajuster correctement, mais elle ne doit jamais être utilisée pour serrer trop en démultipliant sa force. Personnellement, je fais souvent des trous intermédiaires dans mes muserolles pour les régler plus finement... trop souvent, la distance entre deux trous est trop longue. Et attention, le cuir peut se détendre!
J'ai aussi utilisé une muserolle "demi-lune" sur certains chevaux qui tendent à croiser les mâchoires, ça marche plutôt bien. Encore une fois, avec les muserolles, l'important est que la taille convienne au cheval, que sa forme soit adaptée, et qu'elle ne soit pas trop serrée. Les muserolles trop serrées empêchent les chevaux de mâchonner agréablement leurs mors, et, surtout dans le cas des muserolles allemandes, peuvent gêner la respiration si elles sont trop basses.
Quant aux muserolles croisées, j'en ai utilisé sur certains chevaux très sensibles : l'action de la muserolle est plus diffuse. Cela dit, ce n'est pas trop à la mode en dressage!

Pour résumer, la tête, la bouche et le nez d'un cheval peuvent être de formes et de tailles différentes. Ceci joue un rôle dans le choix de la muserolle, qui doit toujours être confortable pour être efficace. Une adaptation correcte est le premier critère de choix, quel que soit le type de la muserolle."

Copyright photo : equinecanada.ca

Harry Boldt, deux fois champion olympique de dressage par équipe, médaille d'argent individuelle et entraîneur de l'équipe allemande de dressage, invincible dans les décennies 1980-90 :
"Quand j'ai commencé à monter à la fin des années 1940, c'était la muserolle allemande qui était utilisée avec les filets simples, mais elle présentait certains inconvénients. Si la partie sur le nez est trop longue ou trop courte, elle génère des frottements aux commissures des lèvres. Trop basse, elle écrase les naseaux et gène la respiration. C'est la raison pour laquelle les cavaliers de CSO utilisaient principalement des muserolles françaises.
La muserolle combinée présente moins d'inconvénients, c'est pour cela qu'on l'utilise couramment aujourd'hui. Et en plus, elle permet plus de fantaisies dans la décoration."

Ulla Hakanson, cavalière suédoise internationale et olympique depuis 1967 :
"Je préfère la muserolle combinée, plus confortable pour les chevaux qu'une muserolle allemande. Elle ne gène pas la respiration, et ferme mieux la bouche qu'une muserolle française. Cela dit, sur ma jument de Grand Prix Richelle, je n'utilise qu'une simple muserolle française, car elle est très agréable dans sa bouche!"

Diana Mason, cavalière britannique championne d'Europe par équipe en complet et en dressage, juge FEI et ancienne manager de l'équipe anglaise de Para-dressage :
"A l'entraînement, je n'utilisais que la muserolle allemande. Puis la muserolle combinée est apparue, et je n'utilise plus qu'elle, parce qu'elle me paraît plus confortable. Elle limite l'ouverture de la bouche et empêche les chevaux de jouer avec leur langue. Je n'ai jamais utilisé autre chose."

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David de Wispelaere, ancien cavalier de Grand Prix pour les USA, qui s'est implanté en Europe comme instructeur d'équitation classique. S'est formé auprès de légendes telles que Herbert Rehbein, le Dr. Reiner Klimke, Albert Stecken et Artur Kottas-Heldenberg (parmi d'autres) :
"Je préfère utiliser une muserolle allemande avec un filet simple. Je trouve qu'une muserolle combinée est "too much" : trop de boucles, trop de matière qui cache cette jolie chose qu'est la tête d'un cheval. J'ai le sentiment qu'une muserolle allemande procure les mêmes effets, tout en étant plus simple. Je l'apprécie aussi parce que plus prosaïquement, ça donne un air un peu suranné et classique au harnachement. Je n'aime pas la muserolle suédoise ou pull-back, parce qu'elle est facile à trop serrer ; ce n'est pas nécessaire, et ça embête le cheval plus qu'autre chose. J'imagine que c'est la même chose que si vous portez un casque trop petit pour votre tête tout du long d'une séance! Il est important de pouvoir passer deux doigts entre la muserolle et le nez du cheval, comme la règle le stipule. Pour ma part, j'utilise une muserolle parce qu'en compétition elle est exigée, et qu'elle donne de la stabilité au contact sur les rênes, même quand celles-ci sont détendues.
Le seul autre type de muserolle que j'utilise, c'est une muserolle française, comme celle qu'on emploie avec une bride complète. Un de mes chevaux est devenu trop sensible au mors avec une muserolle allemande ; quand j'ai remarqué qu'il commençait à passer derrière la main, je suis revenu à une muserolle française. La muserolle allemande peut donc être trop sévère pour certains chevaux.
Je pense qu'un cheval bien dressé doit pouvoir être monté sans muserolle. Mais ceci n'est possible que si le cheval a été entraîné avec un contact léger et en apprenant à se porter lui-même. Cela signifie qu'il a été entraîné à ne pas ouvrir la bouche sans la contrainte d'une muserolle trop serrée."

Copyright photo : http://www.horstbecker.com/

Robert Dover, multiple médaillé de bronze par équipes pour les USA aux JO, et entraîneur renommé :
"A propos de l'usage des muserolles, je dirais que j'utilise pour la majorité des chevaux montés en mors simple une muserolle combinée. A mon avis, ce sont celles qui s'adaptent le mieux. Mais au final, j'ai compris qu'une fois le cheval bien mis, peu importe la bride ou la muserolle qu'il porte, tout ira bien. Au contraire, si le cheval n'est pas bien mis, peu importe la muserolle ou le mors, il présentera des problèmes de bouche et de mâchoire qui trouvent leur source ailleurs."

Ruth Klimke, ancienne cavalière de Grand Prix, épouse de feu le Dr. Reiner Klimke, dont elle entraînait d'ailleurs les chevaux :
"Je préfère la muserolle anglaise, parce qu'elle n'a aucun impact sur les naseaux et donc, la respiration. Autrefois on utilisait des muserolles allemandes, qui empêchaient franchement le cheval d'ouvrir la bouche. On peut la serrer très étroitement ; très souvent on voit des chevaux montés avec qui ne sont pas à l'aise, à cause de la gêne sur la respiration."

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Andreas Hausberger, écuyer en chef de l'Ecole Espagnole de Vienne, entraîneur de cavaliers de Grand Prix internationaux :
"A l'Ecole Espagnole, on utilise uniquement la muserolle allemande avec un mors Fulmer pour les étalons que l'on monte en filet simple. La muserolle allemande offre une combinaison parfait avec ce mors, dont l'on fixe les branches aux montants du mors par des petites attaches en cuir, qui positionnent le mors dans la bouche selon un angle idéal. Comme le problème récurrent avec les muserolles allemandes, c'est qu'elle soit trop basse et gênante, chaque étalon Lipizzan a sa propre muserolle faite sur mesure, comme ça pas de problème d'adaptation.

Avec mes cavalier, on utilise la muserolle qui va le mieux au cheval : allemande, française ou combinée. Les muserolles combinées présentent souvent un système pull-back, on doit faire très attention à ne pas trop les serrer. A l'Ecole Espagnole, la règle est de pouvoir passer deux doigts entre le menton du cheval et la lanière de la muserolle."

Mors Fulmer et muserolle allemande
Crédit photo : http://www.animal-photography.com/

 

-- by Silke Rottermann for Eurodressage

Pour cet article, Silke R. s'est basée sur les réferences suivantes :

Remerciements particuliers à Thomas Frei pour la recommandation de publications sur l'histoire des harnachement, et à Andreas Hausberger pour ses explications sur la muserolle allemande.