Saddle fitting

13 janvier 2012

Welcome (Sympathico)

Je suis une geek. Une geek, c'est une passionnée. Donc, je suis une geek des chevaux, depuis toute petite.

J'ai fait mes classes au poney-club, comme tout le monde. J'ai commencé par trouver ça cool de sauter, et trouver ça chiant de dresser, puis j'ai changé, comme tout le monde. J'ai acheté mon cheval quand j'ai commencé à travailler, comme tout le monde. Mais comme pas tout le monde, j'ai eu la chance de rencontrer des personnes qui m'ont intéressée à quelque chose de pas très connu du grand public : l'art de la sellerie ; et quelque chose de pratiquement méconnu en France : l'art du "saddle fitting", qui me passionne au plus haut point depuis maintenant plus de 2 ans. Déjà niveau canassons je me pose là - mon ami Nicolas vous dirait que je suis complètement monomaniaque avec mes welsh cobs, et il a raison (oui mon cheval est un welsh cob, ça va sans dire) ; mais en matière de sellerie, je suis encore pire. Je passe mon temps à fureter sur le Net, à lire des forums, des sites, des blogs, en anglais voire en allemand, alors que j'ai abandonné l'allemand il y a 8 ans et que je n'en parle pas un mot (heureusement, Dieu a inventé Google Traduction). Revenons à nos selles.

Du coup, c'est quoi le saddle fitting? Pourquoi tu parles anglais?

C'est à dessein que j'utilise le terme de "saddle fitting". Je pourrais aussi le dire en allemand, mais je sais pas comment ça se dit en fait. Mais je le dis pas en français. Pourquoi? Parce qu'en français, on peut dire "adaptation de la selle au plus juste au dos du cheval", mais non seulement c'est long comme formulation, et en plus ça recouvre une minorité infime de la réalité de la sellerie française (mon prof de philo disait autrefois que dans une langue où on ne pouvait pas exprimer un concept par des mots, c'est que le concept n'existait pas). Là où dans le milieu anglo-saxon le saddle fitting est chose courante, en France c'est le fait d'originaux ou de proprios de chevaux insellables donc obligés par la force des choses à s'y intéresser. Mais personne, à commencer par la grande majorité des pros, ne s'y intéresse, ni même ne s'y connaît. Qui choisit une selle en fonction du dos de son cheval avant de s'occuper de son petit (ou gros, pas de racisme) fessier? Personne. Ou presque. Le terme anglais recoupe une vraie réalité anglo-saxonne, il est court, il sonne bien : on garde.

L'histoire de Pompon et Aristo : un symptôme du mal français

On jette tout et n'importe quoi sur le dos de nos chevaux, et on se fiche du reste. A commencer par les centres équestres, d'ailleurs. Aristo vient de mourir ; on l'a remplacé par
Pompon. Aristo était un pur-sang tout claquette, avec un garrot énorme. Pompon est un croisement entre une barrique et un tonneau, il a le dos large comme la table en chêne de chez Mémé. Qu'à cela ne tienne, il hérite de la selle d'Aristo, on va pas faire des frais non plus, y a une selle vacante, ça fera bien l'affaire. Et ça chiffonne personne de coller le 34 taille mannequin du sanguin Aristo aux épaules de première ligne de rugby de notre brave Pompon. Les pubs où Chabal essaie des escarpins (je sais plus pour quelle marque de pansements) font marrer tout le monde. Pourquoi? Parce qu'elles jouent sur le décalage. C'est absurde d'imaginer le gros Chabal en Louboutin. Par contre, c'est pas absurde d'imaginer Pompon coincé dans la selle d'Aristo, apparemment.

Deuxième symptôme : une pédagogie pourrie

Bref, le problème commence là : c'est un problème D'ÉDUCATION. Personne, à commencer par les moniteurs de notre chère fédération, n'a l'idée qu'une selle, c'est comme une fringue ou une paire de pompes. Donc personne qui sera formé en club, à savoir 80% de la population équestre française, n'aura idée qu'une selle, ça s'ajuste non seulement au cul du cavalier, mais AUSSI ET SURTOUT au dos du cheval. Et personne, du coup, ne sait vraiment reconnaître les critères qui permettent de déterminer si une selle va ou pas. Même certains commerciaux de grandes marques, qui pourraient aussi bien prendre des porte-fenêtres, n'y connaissent parfois strictement RIEN en matière d'anatomie, de locomotion, de biomécanique - et donc vous vendent des selles sur mesure... sans prendre aucune mesure sur le cheval. Par contre, vous prendre vos thunes, ça ouais ils savent faire y a pas de souci!

L'équitation c'est jamais rien que des Kapla (ou des Lego)

Mon ancien enseignant répétait tout le temps qu'en équitation, chaque partie du tout repose sur ce qu'il y a en dessous, et que tant que ce qu'il y a dessous ne va pas, ce qu'il y a au dessus n'ira forcément pas parfaitement. Donc, si la selle ne va pas au cheval, elle n'ira pas au cavalier, et tout le monde sera mal. La selle aura beau être sur mesure pour le cavalier, si elle est trop étroite pour le cheval, le siège sera incliné vers l'arrière et le cavalier sera assis à l'arrière du siège avec les pattes en avant, et le cheval bloqué  ; si la selle est trop large, le siège sera incliné vers l'avant, le cheval aura les apophyses du garrot écrasées, et le cavalier aura ses parties délicates écrasées contre le pommeau, le buste trop devant et les jambes trop derrière. Et on se dira "ce sellier a mal fait son boulot, elle me va pas cette selle". Erreur : elle peut bien vous aller... C'est au cheval qu'elle ne va pas! Or, si la position est faussée par une selle mal adaptée au cheval, comment bien monter?

CQFD!

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Source photo : http://www.equiphys.com/en-GB/saddle-fitting.php

 

Posté par UbisNobilis à 12:10 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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